Viril.
D’après le dictionnaire : La virilité, ensemble des attributs et caractères physiques, mentaux et s**uels de l’homme.
Et d’après les sociologues et les philosophes, elle désigne un ensemble de traits : fermeté, rationalité, autorité, maîtrise de soi qui, au fil du temps, ont été culturellement associés aux hommes, puis naturalisés comme des vertus universelles du pouvoir.
Puis… il y a eu cette chanson, écrite par Suzane sortie en 2025 :
Virile… fille Virile…
Avec en particulier ce couplet…
« Parait qu'j'me sape comme un garçon
Que j'ai de la poigne comme un patron
(…)
J'fais des affaires comme un garçon
Mais moi, je bosse comme une fille
Je suis patronne comme une fille. »
Cette musique illustre une nouvelle forme de vision : la virilité ne serait pas une propriété exclusive des hommes ? Ce serait plutôt une norme sociale, un stéréotype qui a été associé au masculin, mais qui, en réalité, n’a aucun lien biologique ou naturel avec le genre.
DISCLAIMER : la question du genre ne m’intéresse pas ici.
Ma première question est plutôt : Si la virilité est l’apanage des hommes est-ce qu’un patron doit-être virile ? Et une patronne alors ?
Être « une patronne comme une fille », c’est-à-dire ?
Deuxième question : pourquoi la virilité que l’on sait être parfois toxique est vécue comme une quête pour beaucoup d’hommes et maintenant… de femmes ?
Pourquoi des traits pas toujours très flatteurs (réactivité permanente, culte de l’action, etc.) - et si on les met en opposition avec intelligence, savoir, réflexion, comprendre, écoute, partage -… sont-ils autant prisés dans nos sociétés ?
Si l’on n’est pas virile alors nous ne sommes pas ferme, rationnel et nous n’avons pas la maitrise de nous-même ? En opposition serions-nous donc émotionnels ?
Est-ce que nous voulons réellement des leaders ferme et autoritaire ?
Et surtout, un leader doit-il être virile ? Une femme qui lead doit-elle être Virile comme un garçon ?
Pourquoi un dirigeant ou une dirigeant.e doit absolument paraitre viril ? A l’opposé de quoi ? Faible ?
Est-ce que la virilité est une qualité. Est-ce plutôt un système de normes qui a façonné, depuis des siècles, l’idée même du si prisé « LEADERSHIP ».
La virilité n’est donc pas une caractéristique individuelle, mais une construction sociale qui définit ce qu’un leader doit incarner pour être légitime : ne pas douter, ne pas faiblir, ne pas montrer ses émotions. Comme si le pouvoir, pour être respecté, devait être désincarné, dénué de toute trace d’humanité.
On le redit, mais Humain, Humus, la Terre.
Prenez l’exemple des salles de trading ou des conseils d’administration. On y célèbre encore la prise de risque, la décision rapide, l’absence d’hésitation. Des qualités qui, historiquement, ont été construites comme masculines, puis érigées en standards absolus.
J’essaie, personnellement d’écouter de tout. Tout média, tout bord et de « casser » régulièrement mon algo. J’ai bien mes convictions mais je cherche souvent à comprendre l’Humain et ses mécanismes. Ce n’est pas trop mal quand on conseille des Dirigeants et ça, tombe bien j’adore.
Et sur une chaine que je regarde peu, j’ai entendu, un chroniqueur -qui n’a pas spécialement d’expertise sur le sujet- dire ceci « la virilité, c’est la sécurité, la force physique et un esprit combatif, comme Stallone » en ajoutant que « les femmes aiment bien ce genre d’homme »…. Mais ça c’est un autre sujet que je n’ai mais alors PAS DU TOUT envie d’aborder (encore moins sur LinkedIn)…
L’idée que la virilité serait synonyme de sécurité (au sens de stabilité, de protection) est un mythe. Pourtant, les études montrent que les leaders les plus efficaces ne sont pas ceux qui incarnent une virilité stéréotypée, mais ceux qui savent créer un environnement de confiance et de collaboration.
Dans une étude d’Harvard Business Review (2019) a analysé les traits des leaders les plus admirés dans le monde. Résultat : les qualités les plus citées étaient l’honnêteté, la capacité à inspirer, et l’intelligence émotionnelle bien loin de l’image du "dur" ou du "combattant". Et dans le Projet Oxygen de Google (2020), qui a passé au crible des milliers de managers, a révélé que les meilleures équipes étaient celles dirigées par des leaders qui écoutaient, coachaient et créaient un climat psychologiquement sûr …
Donc la virilité stéréotypée (force, domination, absence d’émotion) ne garantit pas la sécurité, c’est un leurre, elle fait plutôt peur.
L’idée que la virilité serait liée à un esprit combatif (toujours prêt à en découdre, à dominer, à ne jamais reculer) est non seulement fausse, mais contre-productive.
Une étude de Stanford (2018) a montré que les équipes les plus innovantes étaient celles où les membres osaient exprimer des désaccords et où les leaders encourageaient le débat. À l’inverse, les équipes dirigées par des leaders trop combatifs (toujours en mode "conquête") avaient un taux d’innovation 30 % plus faible.
Un esprit combatif ne fait pas un bon leader. Il peut même nuire à la performance collective, en créant un climat de tension et de rivalité.
Le vrai enjeu, n’est pas ici.
Le véritable souci que je vois, est que la virilité stéréotypée crée des dynamiques de domination qui nuisent à tout le monde.
Pour les leaders : Ils doivent jouer un rôle (celui du "dur", de l’infallible) pour être respectés, au risque de perdre leur authenticité et de s’épuiser à maintenir cette façade.
Pour les collaborateurs : Ils intériorisent l’idée que pour réussir, il faut ressembler à ce modèle, ce qui les pousse à s’auto-censurer et à étouffer leur créativité.
Pour les organisations : Elles perdent en agilité et en innovation, car elles reposent sur des hiérarchies rigides et des normes obsolètes.
La virilité, en tant que norme de leadership, n’a donc rien à voir avec la sécurité, la force ou l’esprit combatif.
Elle a à voir avec la domination …et c’est ce lien qu’il faut briser.
Ne vaut-il mieux pas redéfinir la virilité (au lieu de la rejeter). De garder ce qui fait sa force (le courage, la détermination, l’ambition) sans les excès (la domination, l’absence d’émotion, le mépris du collectif).
Et si on cherchait plutôt : des leaders avec de la hauteur de vue, de l’écoute, de l’assertivité (clarté des propos, respect de la collégialité, charisme…)
Je crois que la Gen Z les cherche déjà
Comme Satya Nadella, PDG de Microsoft, qui a transformé la culture de son entreprise en valorisant l’empathie, la collaboration et l’apprentissage continu. Résultat ? La capitalisation boursière de Microsoft a triplé entre 2014 et 2026, et le taux de rétention des employés a augmenté de 40 %.
Et si la vraie virilité, celle qui compte pour le leadership, n’avait jamais été une question de force, de sécurité ou de combat — mais simplement une question de courage ? Le courage de rester humain, même quand on dirige.
Pour aller plus loin :
Histoire de la virilité (Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine, Georges Vigarello)
Le coût de la virilité- Lucile Peytavin
The Leadership Quarterly (2021) – Méta-analyse sur les traits des leaders efficaces
Projet Oxygen (Google, 2020)
Le Pouvoir des introvertis (Susan Cain, 2012)