Le Doute

Doute – nom masculin.

  1. État de quelqu’un qui ne sait que croire, qui hésite à prendre parti.
    Hum, d’accord.

  2. Manque de certitude, soupçon, méfiance quant à la sincérité de quelqu’un, la véracité d’un fait, la réalisation de quelque chose (surtout au pluriel).
    Oui, ok.

  3. Position philosophique qui consiste à refuser quelque chose parmi des données jugées incertaines, par exemple les données des sens, et à refuser tout système philosophique.

Ah. Là, ça m’intéresse…

Parce que finalement ? Doutons-nous suffisamment ?
Ou doutons-nous trop, visiblement… ?

J’ai compris que le doute n’est pas seulement un état interne, mais une interaction entre notre esprit et des signaux externes auxquels nous sommes confrontés… il évolue, il bouge au cours même d’une pensée.

Mais le doute n’est pas toujours fiable.

Notre cerveau peut nous faire douter quand il n’y a pas besoin, ou ne pas douter alors qu’il faudrait le faire…

Notre intuition nous trompe. Elle transforme la réalité, pensant que nous avons le pouvoir sur un résultat, que bien y réfléchir nous aidera à y voir plus clair… que bien décider est l’une des clés pour être un bon décideur.

Sauf que la réalité statistique est tout autre.

Une décision ne peut pas être jugée uniquement à son résultat.
On peut prendre une bonne décision et avoir un mauvais résultat (malchance), comme l’inverse.
Confondre les deux empêche toute pensée lucide… et alimente de faux doutes comme de fausses certitudes.

Que ce soit dans une pandémie, une décision économique ou une série de coïncidences.

Et c’est précisément à cet endroit que le doute commence à se déformer.
Qu’on peut trop douter, ou pas assez… et surtout pas forcément au bon endroit.

Pourquoi nous obstinons-nous à vouloir trouver des messages sensés dans des événements dus au hasard ?

Nous vivons sur une planète où les événements réels sont bien plus aléatoires que ce que notre esprit, qui tente chaque jour de nous dire « oui, c’est logique ! ».

Vous vous demandez parfois :
Ai-je vraiment fait le bon choix, ou ai-je juste eu de la chance ?

Dans des contextes de décision économique, cette question revient sans cesse.

Et si, comme certains le pensent, notre cerveau n’était tout simplement pas taillé pour l’incertitude ? Ce n’est ni une théorie, ni un concept abstrait… mais un fragment du réel.

Le doute n’est pas naturel, pas conforme au cerveau humain.
Nos cerveaux ne veulent pas douter, ils veulent des réponses claires.


Ai-je bien décidé ? Oui ou non.

Et ça, c’est documenté.

Il y a des personnes qui entretiennent ce que certains appellent le soldier mindset.
Mon cerveau me protège de mes croyances. Il confirme ce que je veux qu’il croie.
Il interprète et vient confirmer mon estime de moi et mon image personnelle.

« Super, bravo, je suis trop fort. »

Puis il y a ceux et celles qui pratiquent le scout mindset.
Je questionne mes hypothèses, j’accepte les preuves contraires et je sors de mon illusion d’être toujours certain.

Peut-être pratiquez-vous d’ailleurs les deux, selon les périodes de confiance en vous et de résultats.

Plus c’est dur, plus il est parfois difficile de rester dans cette phase de protection de l’image de soi…

C’est un peu comme si on avait deux manières de faire face au doute quand il se pointe.

Personnellement, je crois que reconnaître qu’on avait tort n’est pas une perte.
C’est une mise à jour vers plus d’exactitude.

Je crois aussi que s’affirmer est moins enrichissant que de chercher à développer une capacité décisionnelle plus solide et plus réaliste.

Le doute n’est plus un frein et deviens un outil de lecture de ce qui est réel.

Le doute est un signe positif.
Un véritable dialogue de la conscience, entre soi, et soi…et des infos extérieurs.

Or, un dialogue ne s’interrompt pas (on ne coupe pas la parole, c’est mal poli !)

Il s’écoute, il se laisse infuser… comme la poudre de café coincée dans vos capsules Nespresso.

Vous saviez que 41 % des salariés se déclarent favorables à un leadership plus partagé ?

On peut dire que le doute pourrait bien se partager…(et la charge mentale qui va avec )
Ce chiffre n’est pas anodin : il traduit une attente implicite face à la posture du dirigeant.

Leader, diriger, décider, ce n’est pas forcément avoir toute confiance dans un dirigeant visionnaire qui ne doute jamais, qui a la réponse parfaite et un instinct puissant.

Et si on s’autorisait à ne plus considérer le doute et l’incertitude comme des faiblesses ?

Mais à les transformer en outils cognitifs puissants pour une meilleure prise de décision, une plus grande créativité et une stratégie plus adaptée aux environnements complexes.

Cela nous inviterait notamment à considérer notre intuition comme une hypothèse (ou l’une des hypothèses…), et non comme une vérité finale.

Cela nous permettrait de générer plusieurs scénarios possibles, de tester ces hypothèses, et d’ajuster nos pensées et nos actions.

Autour de moi, j’ai souvent entendu :
« Non non, c’est bon, c’est décidé, il faut avancer. »

« Quand il y a un doute, y’a pas de doute » euh. Ben si… ?

Alors je me demande… pourquoi évitons-nous le doute ?
N’a-t-on pas le temps de douter ?
Parce qu’il dérange l’ego ?
Parce qu’il nous met face à nos ignorances ?
Parce qu’il oppose nos convictions à la réalité ?

Alors qu’en réalité, il ne s’agit pas de supprimer le doute, mais de changer notre manière de l’accueillir, de le voir.

Avons-nous peur de rester bloqués à douter de tout ?
Alors que c’est précisément ce déplacement qui transforme le doute en levier et nous évite de sombrer dans la paralysie.

Être un.e leader qui doute

Moi, j’ai toujours été vue comme une leader qui doute.
Ou qui « se remet souvent en question » me disait-on.

Dans un monde de male alpha (oui, oui, on parle français ici), cela peut être interprété comme un manque de confiance.

Un leader qui doute serait un leader perdu, qui ne sait pas où il va.
« Il a perdu sa carte ultime… sa faculté à décider, à être sûr de lui. »

Sauf que non… c’est justement l’inverse.

Le doute n’est pas une faiblesse, mais une expression de l’humilité face à l’incertitude… et c’est inhérent à toute décision !

On ne crée rien de significatif dans une zone totalement sûre.
L’incertitude n’est pas à éviter, il faut la confronter.

La question n’est donc pas de supprimer le doute, mais d’apprendre à vivre avec lui sans y être englouti.

 

Quand le doute se trompe

Comme beaucoup, j’ai parfois douté « en mal ».

Être trompée par des signaux peu fiables : un carnet de commandes qui monte, des « bonnes nouvelles » biaisées.

Se rassurer pour s’ôter le doute.
Se convaincre que tout va bien.

C’est mon côté trop optimiste qui m’a joué des tours, souvent.

Alors qu’il faudrait ajuster ses convictions à mesure que de nouvelles données arrivent, plutôt que de rester figé dans une certitude.

Le doute mal placé rassure ; le doute juste dérange.

 

Est-ce que parfois, on doute trop…

Dans l’Antiquité déjà, ils se battaient sur la question de savoir qui doutait mieux que l’autre.

Certains pensaient que douter menait à la raison.
D’autres rétorquaient que douter de faits rationnels conduisait à douter de tout - même de soi - et que cela finirait par ne plus avoir de sens (y’a des platistes dans la salle ?)

Attendez… je prends une aspirine.

Je réfléchis alors au moment où j’ai le plus douté.
Et je doute même de trouver le bon moment.

Ah oui, je sais. Quand il a fallu mettre l’entreprise en mandat ad hoc.

J’avais l’impression d’appuyer sur le bouton de la bombe nucléaire.

J’ai énormément douté parce que, d’un côté, il y avait des chiffres mauvais, et de l’autre, un carnet de commandes qui commençait à se remplir, des devis en pagaille, des équipes overbookées.

Je doutais aussi de moi, de ma capacité à garder ce « secret » tout en restant authentique.
De continuer à porter une équipe avec force et positivité, sans manque d’authenticité.

Ai-je réussi ? Je ne le saurais jamais.

C’est finalement l’une des nombreuses solitudes décisionnelles.
Un vertige face à l’absence de garantie.

Même vos meilleurs conseils ne savent pas ce que ce vertige provoque en soi.

C’est une émotion qu’on ne vit quasiment que en tant que dirigeant… ou peut être parent…

Puis j’ai compris que vivre, c’est accepter de décider sans certitude.

Se protéger à l’excès, c’est déjà mettre un pied dans la tombe.

Peut-être faut-il tout simplement penser le doute en termes de probabilité, avec humilité et mise à jour continue.

Je doute parfois de ne pas avoir assez douté.
Ou d’avoir douté trop tard.

Un dirigeant ayant fait un « mauvais choix » sera vu comme un mauvais décisionnaire.
Quelqu’un qui a mal lu les indicateurs.
Trop ambitieux, trop prudent, trop restructurant ou pas assez, trop rapide ou pas assez.
Chacun se fait son avis.

Pourtant, un bon raisonnement peut mener à un mauvais résultat,
et un mauvais raisonnement peut « marcher » par chance.

J’ai lu que 40 % des matchs de football sont issus du hasard… c’est énorme, cette stat.

Et ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas d’entraîneur.

C’est même ce déséquilibre qui rend le jeu vivant.

Si tout était prévisible comme avec les IA, quel serait l’intérêt de vivre ?

C’est une des raisons (pas la principale, bien sûr…) pour lesquelles je ne suis jamais allée voir une voyante… quelle drôle d’idée de vouloir savoir à l’avance tout ce qui va se passer…

Finalement, je crois que changer d’avis n’est pas une preuve d’incohérence.

C’est une mise à jour rationnelle quand de nouvelles informations apparaissent.

Le vrai problème n’est pas de douter, mais de refuser d’actualiser son jugement.

Penser juste ne garantit pas un bon résultat.
Mais refuser le doute garantit presque toujours de mal penser.

Alors douter est essentiel.

Cette bataille discrète se joue dans votre esprit.
Et fait partie intégrante de « décider ».

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